** La nuit s'achève. Je prends une grande aspiration à la Baudelaire et m'inquiète un instant du fait qu'il fasse nuit à 9h du matin. Mère doctrinaire tempête en bas. ** Consciente de l'humeur effective de cette dernière qui n'hésiterait pas une seconde à tomber sauvagement sur sa fille et à la rudoyer, je m'empresse de sauter du lit, et fuit à toute allure. Dehors il fait froid et mon pyjama rayé bleu suscite la compassion de quelques rares passants. Une horloge parmis d'autres indique 9h10 et il fait encore nuit. Puis, sans doute est-ce l'obscurité ou bien mon manque de clairvoyance qui me fait trébucher sur une capsule de bière, immense, qui tranche alors la plante du mon pied droit sans faire de concessions. ** Le silence de la rue déserte m'incite alors à pleurer, dans la mesure où mes jérémiades ne réveilleront personne. ** Le brouillard matinal n'étant toujours pas décidé à dissiper la nuit, je suis alors contrainte à tituber dans la pénombre, tout en valsant entre les crottes qui serpentent les trottoirs. Je tente de faire bonne figure, bien qu'il n'y ai personne à convaincre sur le trottoir d'en face, tachant d'oublier la douleur mugissant de la plante de mon pied droit, laissée à découvert. ** A force de trainer la plaie béante de mon pied amoché sur le trottoir, j'ai peur qu'une étincelle se forme et redoute l'explosion. Il fait toujours nuit et, l'orgueil galvanisant ma faible consistance physique me traine péniblement à la fontaine publique. ** Là, un drôle de farfadet me tombe sur le paletot, prétextant que lui aussi s'est égaré dans les ténèbres et qu'il recherche la Lumière. Je laisse l'inconnu à ses épitres et profite que ses yeux clairs s'égarent dans les abimes visqueuses de la fontaine pour m'enfuir à toutes jambes. ** Je ne me retourne pas, de peur qu'il ne se décide à courir après mon ombre pour tacher de me convaincre. Poursuivant ma course en solitaire, je ris malgré les circonstances et arrive bientôt à l'église ou la solennité thuriféraire du St père m'accueille les bras et les jambes grandes ouvertes. La prestance de l'église m'effrayant, je cesse de rire et continue ma quête éperdue dans l'obscurité. Je pense à mes parents pensant qu'à cette heure ci, leur fille a déjà quitté le monde, mon père sans doute un peu triste à l'idée de devoir affronter seule mère doctrinaire, et cette dernière vilipendant contre sa fille, qu'on en va pas tout de même pas plaindre parce qu'il est bien évident que les choses devaient finir ainsi, et qu'à force de saluer poliment tous les romanichels du coin, il était évident qu'elle finirait bien par tomber sous leur coupes à plein temps. ** Je continue à marcher et à broyer du noir, persuadée qu'il n'y a rien d'autre à faire. Je pense à Joan et fredonne alors timidement quelques vers de ma mélodie préférée. ** « Help me make it through the night », tout en pensant cyniquement que le talent de cette dernière comporte une part certaine de clairvoyance. Cela fait près d'une heure que j'ère en pyjama rayé et les rues désertes continuent d'être sombres. L'heure solaire qui semble avoir perdu la boule, n'indique rien, ne serait-ce qu'une vague obscurité. ** J'arrive près d'un pont, sous lequel dansent des oies sauvages qui d'ordinaire ne se plie pas vraiment au climat du grand ouest. Je décide alors de me poser cinq minutes, et me poste à quelques pas des oies silencieuses, histoire de profiter du spectacle euphonique. ** Je lève les yeux en direction du pont et remarque que je ne suis pas seule. Une autre carcasse humaine se tient là, abimé lui aussi par la course effrénée qu'il mène, persuadé qu'elle ne le mènera nul part. Il ouvre de grands yeux clairs et me laisse contempler l'ampleur de sa désillusion. Et il me fait penser à l'autre fou, croisé à la fontaine. Lui aussi semble chercher la Lumière. Sauf que celui là semble plus résolu à la trouver ailleurs. Je l'observe impassible, s'apprêtant à sauter le rambarde et à quitter ce désolant monde-ci avec persévérance. Et pour la première fois de ma courte existence, j'éprouve une empathie sincère pour un inconnu qu'il me semble connaitre. ** Je me tiens alors prête à partir vers d'autres cieux, plus complaisants et surtout plus clairs, lorsque le nanti suicidaire me hèle à plusieurs reprises, semble-t-il courroucé que je n'assiste pas à son exécution. Je lui réponds alors excédée que si la perspective de finir comme une crêpe l'amuse encore, une fois la chandeleur passée, je m'en réjouie pour lui, et pour sa famille qu'il décharge certainement d'un poids très lourd et à laquelle il rend donc un service plus qu'immense, et qu'une âme en peine de moins dans ce monde ne fera chialer personne, et qu'il est inutile de donner de faux espoirs au gens que la vue du sang excite encore en ce début de XXIème siècle, en prétendant être résolu à en finir avec la vie, à fortiori lorsque cela n'est pas vrai, et que se défenestrer du haut d'un misérable pont comme celui-ci n'est finalement pas une si mauvaise fin en soi et que s'il pouvait accélérer la man½uvre au lieu de gémir à l'envi, cela ferait très certainement avancer les choses et pourquoi pas l'heure solaire, qui pourrait se teindre en bleu pour l'occasion, et qu'en conséquence de tout cela, le bagou ne suffit pas toujours pour se faire admirer dans ce monde, et qu'arrive un moment où prouver qu'on a des roubignoles est nécessaire, et que maintenant, si attenter à sa vie l'excite toujours autant et bien qu'il le fasse, dieu. Ce sur quoi, l'homme, dont le regard fixé dans un vide auquel je n'ai pas accès, ne vacille pas d'un iota, s'empresse de tomber, comme une crêpe sur le sol marécageux. ** Ce après quoi je file à toute allure, en reprenant ma course folle où je l'avais laissé, la mort d'un homme sur la conscience en plus, un peu navrée que mes propos consacrés, aient été pris pour parole d'Evangile. Dans ma course, je rencontre un homme, une femme, des ivrognes et des St d'esprit qui tous me demandent où est le soleil et qui, face à mes silences déblatèrent toute sorte d'injures. Je m'apprête à partir lorsqu'un effrayant prognathe aux maxillaires proéminents m'extirpe par le bras et m'ordonne de continuer à courir, en direction du soleil. ** Je reprends ma course et cours encore et toujours, jusqu'à en perdre haleine. La noirceur des visages, des rues, des réverbères, des culs de bouteilles qui jonchent le sol commencent à m'éblouir. Je suis las de courir, et nonobstant les recommandations du vieux sauciflard de prognathe, je cesse de courir à tout va et songe alors moi aussi à faire âprement couler l'eau sous les ponts, mais j'y renonce, par respect pour les signes semblant y avoir trouver logis bien qu'ils fussent rare dans la région. Raison de plus. ** Mon talon boursoufflé a cessé d'être douloureux, et je ressens plus que jamais la douleur violente que chaque pression sur ma voûte plantaire droite occasionne. J'aurais bien des raisons de pleurer mais globalement je me dis que l'état général est bon, qu'à la maison père et mères doctrinaires, qui sont somme toute de bons parents, m'attendent surement avec fébrilité, que ce-foutu-gentil-bon-p'tit-soleil va bien finir par se lever un jour ou l'autre, et que M. (l'autre jocrisse du genre) aura surement renoncé à me haïr jusqu'à la fin de ses jours d'ici là, que faute de mieux m. Pontais daignerai me passer la bague au doigt (l'expérience du château l'ayant surement convertit à la polygamie) kami se voyant ainsi promu marraine des nombreux enfants que nous n'aurons pas. (car il est bien évident que nous nous arrangeront pour tous les faire disparaitre ou déclarer mort-né -haha) Et c'est ainsi que je me retrouve à chantonner Honey Pie, mélodie du bonheur comme une benêt subitement éclairée au milieu d'un nul part qui désormais m'enchante.
« Ho-ney pie, you are ma-king me cra-zy,I'm in lo-ve but I'm la-zy so would you plea-se come home?” “Oh honey ]pie my po-si-tion is tra-gic, Come and show me the ma-gic of your Ho-lly-wo-od son-g (...)”
** Une fois
de retour,
je me dis
qu'il est bien
évident que
moi aussi,
coulerait un
jour, des jours
heureux en
Amérique. **