[MISE EN GARDE* ]" Je crois (suis)
présomptueusement
(persuadée) qu'il
me reste des
choses à dire "
Baignant dans l'ombre de la nuit tombée, les deux corps inertes sont allongés sur le lit, exsangues, plein d'un amour éperdu que tout deux savent coupables. Les gouttes de sueur perlant sur son front témoignent de l'amour tout juste fait, de la passion folle et déraisonnée se bornant à laisser aux corps le pouvoir de l'envie, si amorale soit-elle. Chacun d'eux ignorent tout de l'autre, ne pensant à rien d'autre qu'à la satisfaction coupable de cette envie née la veille, au détour d'une rue fréquentée d'un quartier étudiant. Lui pose sa main sur son front,lui basculant légèrement la tête en arrière, elle ne se borne qu'à observer le spectacle de ces deux corps nus qui s'enlacent. Ce sont des gens ordinaires, acteurs et spectateurs d'un amour fantasque bien qu'interdit, amour que l'union maritale n'avait pu satisfaire pour elle, et que lui n'a jamais connu. Lui est encore jeune et s'avère amoureusement pugnace dans l'amour qu'il livre à sa belle. Le lecteur sera sans doute amené à croire que cette dernière s'est laissé faire, ne cherchant pas à lutter contre les sentiments amoureux et fugaces de cette nuit là, et il se trompera, ignorant que l'amour marital ne peut, dans certains cas, contraindre les sentiments au silence. Le lecteur se bornera d'ailleurs à condamner l'amour, fugitif insolent qui rejette sciemment toute forme de morale et n'obéit qu'aux sens, tout au long du récit. Lui sort satisfait de cette nuit d'amour. purgé pour une grande partie, de ses fantasmes adolescents, seuls ses désirs les plus fous n'ayant été accepté par sa belle, ne pouvant se faire plus masculine pour satisfaire son homme. Tous deux sont satisfaits du temps passé ensemble, sortant quasi saoul, et titubant pour lui, de cet amour - violence. Mais au matin déjà, tirés de leur trêve amoureuse et non du sommeil, les corps, qui ont beau être nus, sont étrangers, lui apprécie et elle, reste placide à l'issue de la nuit d'amour, pourtant satisfaisante qui s'achève. Son regard vide se pose sur les mains de son homme, que déjà elle rejettent, soudain lassée des caresses enfantines de son éphèbe qui l'effleurent plus qu'ils ne la touchent, et même si la sensualité est une chose agréable, affaiblissant les corps déjà épuisés par la violence de l'amour physique, elle la rejette sciemment, épouse fidèle que les caresses tendres de son mari comblent déjà. Nos deux protagonistes taisant désormais ce qui les unit, l'amour accomplit, la passion qui la veille, a tant fait remuer les corps se tait. C'est désormais aux esprits d'être chamboulés, dérangés dans leurs morales bourgeoises. Le désir impudent à déjà succombé à l'amour, sage et raisonné. C'est cet amour détestable qu'elle rejette, consciente qu'il ne mène à rien d'autre qu'à l'ennui, qu'à la monotonie d'une vie ennuyeuse dans laquelle elle voit, non sans désolation, se plaire sa vie d'épouse rangée. Inconsciente des réalités environnantes, néanmoins sensible aux gestes tendres de son jeune amant, elle tente d'établir une équivalence probante, qui puisse la satisfaire entre dix heures d'un émoi délictueux et la nuit d'amour qui vient de s'achever. L'amour, le plus sincère et le plus véritable lui semble être l'amour volatile, celui fugitif et par la même insaisissable, qui, n'existant que dans l'instant, déjà agonise lorsqu'on le réalise, celui qui déjà semble subrepticement s'évanouir au sein des corps et dépossède les individus d'eux mêmes dans l'acte qu'ils en font. Ainsi lui apparaissent les choses dans la moiteur étouffante de cette chambre aux volets clos, clos comme pour taire aux yeux du monde l'amour coupable qu'elle porte au corps nu juvénilement étendu à coté du sien. Peu importe ce que les autres décideront d'en dire, cette femme se sait fidèle, vertueuse peut être pas malgré le double rôle de mère-épouse qu'on lui assujetti, mais fidèle oui. Il faudrait en somme qu'elle décide de quitter son mari pour un autre, disons pour ce jeune corps, étendu près d'elle pour ne plus l'être. La sincérité la plus véritable, ne pouvant se résumer qu'à une présence, du moins dans son esprit de femme physiquement infidèle, rendue séduisante par la maturité. Mon corps est libre et donc susceptible d'être offert à quiconque le veut et à quiconque ce dernier décide de s'offrir. Qu'est-ce donc que le monde appelle "être infidèle" ? Résister à l'amour, en tant qu'acte physique, ne conduit-il inéluctablement pas à songer à ce que cet amour interdit pourrait être ? Elle imaginait alors les quelques esprits les plus prudes de son entourage cherchant délibérément à abstraire leur morale bourgeoise de leur corps, rendus purs de par la confession, méphitiques de part le désir extra conjugal; tentant d'enrayer, non sans déconvenue, le désir charnel agitant la moitié inférieure de l'enveloppe corporelle humaine. Désormais elle se lève, fatiguée par son soliloque interne, qui n'a de toute évidence pas contribué à faire avancer les choses. Les traits de son visage, lissés par l'amour nuptial, apparaissant enfin aux yeux du jeune homme sous la clarté artificielle de la lampe halogène. Elle s'habille avec une étonnante lenteur, flattée du regard avide et omniscient que porte le corps encore couché sur le sien et puis elle sourit. Non pas timidement comme le lecteur sentimental l'aurait présagé, persuadé que l'amour ne puisse se réduire qu'à la théorie simple de l'alternance du désir et de la pudeur. Elle ne sourit ni timidement, ni farouchement, ni d'une quelconque autre façon particulière, mais se contente seulement de sourire, souhaitant ainsi plaire une ultime fois à l'amant qu'elle quitte, sans doute aussi lui signifiant qu'elle ne regrette rien ; puis, couvrant ses épaules nues du châle opalin qu'il s'était empressé la veille au soir, de défaire; retourne à son rôle d'épouse et de mère fidèle, quittant la chambre du vice accomplit pour sa vaste résidence de bourgeoise, bien peu vertueuse au regard des circonstances, mais fidèle, malgré tout, à l'époux qu'elle rejoint. L'homme - objet reste étendu sur le lit, soucieux qu'en amour, le désir charnel soit si déliquescent. "La voici qui s'achève, put-elle l'entendre dire posément à travers la porte, "la plus belle et infructueuse connerie de ma vie." Les lecteurs frustrés par l'absence de morale religieuse apprendront qu'elles eu beaucoup d'amants, que les maitresses du corps nu, qui ne le fut pas toujours, se comptèrent par dizaines et qu'à chaque fois, envisager l'inaltérabilité des sentiments amoureux avaient beau les rendre heureux, elle les faisaient sourire. Fidèles à leurs principes, l'infidélité les fit se rencontrer à nouveau. Elle avait vieilli, lui aussi. L'amour n'en était que plus beau, plus fou.
[ * L'auteur tenant à mettre ses fidèles lecteurs en garde contre un éventuel protectorat littéraire de l'extrait ci-dessus]
[Quand aux lecteurs, ils sont conviés au silence, quant à l'inutilité de la mesure en question.]
[Enfin, l'auteur tenait à vous mettre au courant de la faible mais relative, amélioration de son état mental ]
(désespéremment stationnaire aux dire du corps médical)